Exceptionnellement, un peu de politique (Charlie Hebdo – Cavanna)

On a beau être revenu de tout. On a beau ne plus croire à rien. On a beau savoir que derrière tout ça il n’y a que baratin et jolis mouvements de menton, on a beau, on a beau, merci à l’artiste qui sut faire renaître pour nous, fût-ce l’espace d’un instant, les grands frémissements populaires, les forêts de poings fermés dressés parmi l’océan des drapeaux rouges, les «Internationale» qui ne se bêlaient pas comme des cantiques… Merci, camarade Mélenchon. Tu nous as fait rêver, c’est toujours ça de pris.
«Romantisme révolutionnaire». C’est ce qu’on te reproche. Et d’où voudrait-on qu’il vienne, le romantisme? De la soumission résignée à l’état de fait ? Du soutien passionné à l’un des gestionnaires pépères qui étalent leurs tronches sans conviction au coin des rues?
Bien sûr, on n’y croit pas vraiment, on vibre, on s’entreregarde, on se marre, elle est bien bonne… La Révolution, rien que ça! Avec la majuscule. La VIe République. Bien sûr, on votera utile, on garde les pieds sur terre. Ça n’empêche pas de se laisser fouetter le sang par ce dandy cravaté comme un Robespierre qui n’a pas la trouille, en pleine crise économique généralisée, d’appeler à foutre les patrons en l’air au nom d’un communisme ingénu fleurant le dix-neuvième siècle.
On se résignait à un Hollande-ou-Sarko sans surprise, à peine si l’on attendait de la petite Le Pen, successeur de son papa, qu’elle produise quelques intermèdes bruyants pour réveiller un peu ce combat de chiens fatigués autour d’un os aride. Tu nous a réveillés, camarade! La bonne blague serait que tu sois élu au premier tour! En tout cas, dès aujourd’hui tu existes, je me retiens d’y croire mais je ne peux empêcher cette jubilation rigolarde de m’illuminer l’intérieur.
Éveille les jeunes, rajeunis les vieux, secoue-nous le cul, rue, piaffe et gueule. Si ce n’est, comme l’insinuent ceux qui n’aiment pas cela, que l’image de toi que tu veux donner, vive l’image, elle me convient, elle vaut bien les mornes gueules des sauveurs diplômés de la patrie.

Cavanna

Article paru dans Charlie 1036

Mis en ligne le dimanche 29 avril 2012

Calculs post-premier tour…

Si Poutou est élu, il s’autodissout

Philippe Poutou, candidat NPA à l’Elysée, a assuré vendredi que s’il était élu, il s’autodissoudrait, en supprimant la présidence de la République. « Je m’autodissous », a assuré le champion du Nouveau Parti anticapitaliste sur BFMTV-RMC. « On pose le problème de la démocratie. Aujourd’hui, qu’une personne puisse avoir autant de pouvoir, c’est anormal et anachronique ». « On est pour des assemblées constituantes, une véritable démocratie, mais cela voudrait dire construire une démocratie réelle, une démocratie directe, mais par en bas », a expliqué le candidat trotskiste.  » Interrogé sur le Front de gauche, il a assuré: « On est en contact étroit avec les militants du Front de gauche, on se bat au quotidien, j’ai des copains, dans mon syndicat, du Front de gauche. Donc, il n’est pas question de se couper. Après oui, il y a 2 candidatures, 3 avec Arthaud pour parler de la gauche de la gauche. L’objectif c’est de faire le mieux possible ».

La Croissance

Une odeur bizarre

Vous ne sentez pas comme une odeur bizarre ?

Si, c’est celle du cœur du Peuple qui souffre, et qui est exaspéré par les promesses non tenues des politiciens, par les mensonges éhontés, par le mépris, le Peuple qui gronde d’indignation. Ça sent le soufre pour Nicolas !

Il faut que ce soit une marée qui vote pour dégager enfin le pays de ce président abscons ! Complexe certes, à tel point qu’il finit par perdre de tout son sens, mais en même temps d’une froideur implacable et sidérante. Le Grand Monstre Froid de Nietzsche n’a rien à envier à ce Big Brother des media. Ce machinarum qu’est l’Etat, le poids grandissant de la finance et du lobby capitaliste, tout ceci est à revoir, à repenser, à réinventer collectivement.

Allez, plus que quelques jours, et on pourra allumer le soufre !

Le cas Mélenchon

 

Une gouine comme Présidente.

Qui n’a pas rêvé d’un(e) président(e) qui saurait ce qu’est la vie, avec son lot de difficultés, de violence et de maladie, d’humiliation? Avec l’élection présidentielle française qui approche et afin d’exprimer leur désaccord avec les choix politiques proposés et dénoncer «l’ambiance néolibérale montante», un collectif d’artistes et d’activistes lira le 7 avril un texte intitulé «Je veux une gouine comme présidente». Cette lecture collective aura lieu le 7 avril, à 14 heures, à la Fontaine des Innocents à Paris.

Elle est organisée à l’initiative de féministes françaises et du collectif monté par des artistes suédoises «I want a president…». Malin Arnell, Kajsa Dahlberg, Johanna Gustavsson and Fia-Stina Sandlund avaient lu le texte de Zoe Leonard, artiste new-yorkaise, pour la première fois en Suède au moment des législatives de 2010 – sur fond de montée du parti d’extrême droiteDS, qui a d’ailleurs fait son entrée pour la première fois au parlement suédois lors de ces élections.

Ce manifeste, qui s’est répandu dans d’autres pays européens (Finlande, Estonie, Danemark, Espagne), atteint maintenant la France.

Voici le texte de Zoe Leonard, qui date de 1992, librement traduit.

«Je veux une gouine comme Présidente. Je veux qu’elle ait le sida, je veux que le Premier ministre soit une tapette qui n’a pas la sécu, qu’il ait grandi quelque part où le sol est tellement plein de déchets toxiques qu’il n’a aucune chance d’échapper à la leucémie. Je veux une présidente de la République qui a avorté à 16 ans, une candidate qui ne soit pas la moindre des deux maux ; je veux une présidente de la République dont la dernière amante est morte du sida, dont l’image la hante à chaque fois qu’elle ferme les yeux, qui a pris son amante dans ses bras tout en sachant que les médecins la condamnent.

»Je veux une présidente de la République qui vit sans clim, qui a fait la queue à l’hôpital, à la CAF et au Pôle Emploi, qui a été chômeuse, licenciée économique, harcelée sexuellement, tabassée à cause de son homosexualité, et expulsée. Je veux quelqu’une qui a passé la nuit au trou, chez qui on a fait brûler une croix et qui a survécu à un viol. Je veux qu’elle ait été amoureuse et blessée, qu’elle ait du respect pour le sexe, qu’elle ait fait des erreurs et en ait tiré des leçons.

»Je veux que le président de la République soit une femme noire. Je veux qu’elle ait des dents pourries et un sacré caractère, qu’elle ait déjà goûté à à cette infâme bouffe d’hôpital, qu’elle soit trans, qu’elle se soit droguée et désintoxiquée. Je veux qu’elle ait pratiqué la désobéissance civile. Et je veux savoir pourquoi ce que je demande n’est pas possible; pourquoi on nous a fait gober qu’un président est toujours une marionnette: toujours un micheton et jamais une pute. Toujours un patron et jamais un travailleur. Toujours menteur, toujours voleur, et jamais puni.»

Source : http://next.liberation.fr/sexe/01012400948-je-veux-une-gouine-comme-presidente